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Actualités sur le Togo

30 avril 2005

Crise politique au Togo: F-X Verschave en chat sur le site du Monde

Crise au Togo : le rôle de la France en question

L'intégralité du débat avec François-Xavier Verschave, président de l'association Survie et auteur de plusieurs ouvrages sur les relations franco-africaines, vendredi 29 avril 2005

Stéphane : Qu'est-ce qui prouve l'intervention française dans le processus électoral ? Comment cela se manifeste-t-il ?

François-Xavier Verschave : Le Togo est un pays qui est tenu par la France depuis 1963 à tous les points de vue et notamment en ce qui concerne l'armée et les services secrets. L'intervention de la France dans le processus électoral s'est faite de plusieurs manières : des conseillers en communication, en organisation électorale. D'autre part, des pressions multiples sur les pays de la Cedeao pour faire en sorte qu'elle ferme les yeux sur l'absence totale de contrôle des listes électorales et du dépouillement des urnes. La Cedeao, qui avait eu un rôle très positif au moment du coup d'Etat de Faure Eyadéma, a depuis, sur les pressions directes de l'Elysée, notamment auprès de son président nigérien Mamadou Tanja, accepté toutes les manipulations du scrutin.

Wilfried : La Cedeao a-t-elle eu raison de valider les élections ?

François-Xavier Verschave : Certainement pas. Et pour beaucoup d'Africains, son attitude est un scandale. Les Africains mettaient beaucoup d'espoir dans leurs nouvelles institutions comme l'Union africaine, le rôle joué par leurs organisations régionales dans les processus de paix. Et là, l'attitude des observateurs de la Cedeao est véritablement scandaleuse. Elle est contraire à toutes les observations des délégations internationales sur place, et à celles aussi des journalistes de la presse internationale, qui ont été menacés par le gouvernement togolais.

Florent : Quels sont les intérêts de la France au Togo ? Leurs spécificités par rapport à d'autres pays de l'Afrique francophone ?

François-Xavier Verschave : Il y a les intérêts généraux, dans le cadre de ce que j'ai appelé la "Françafrique", c'est-à-dire le pillage des matières premières comme le phosphate, le monopole sur les importations et les exportations, les transactions financières frauduleuses sur la dette par exemple. Mais il y a aussi le fait que le Togo, sous Eyadéma, était une plaque tournante de toutes sortes de trafics mafieux en Afrique de l'Ouest. Et enfin, il y a une dimension géopolitique régionale. La France redoute effectivement de voir se déliter son pré carré.

DZTTRIBU : Avons-nous des preuves indiscutables de ces pressions sur la Cedeao ?

François-Xavier Verschave : Nous avons eu des témoignages sur ce harcèlement incessant de la part de l'Elysée auprès des chefs d'Etat africains de la Cedeao, en particulier les francophones. Et il n'y a que cela qui puisse expliquer ce retournement incroyable de la position de la Cedeao. Au tout début, M. Tanja, le président nigérien, était extrêmement sévère contre le coup d'Etat organisé par les militaires togolais. Et maintenant, alors que les premiers résultats sortis des urnes donnaient 75 à 80 % en faveur du candidat de l'opposition Emmanuel Akitani, alors que les urnes sont volées par les militaires, brûlées, et que pendant plus de 24 heures le pays vit dans une coupure totale des télécommunications, la Cedeao considère que ce sont des élections normales... Evidemment, nous n'avons pas accès aux registres téléphoniques de l'Elysée. Mais le suivi dans le détail des prises de position de la Cedeao depuis deux mois est édifiant. La France dispose de beaucoup de moyens de pression. Ces pays, notamment, dépendent de l'aide publique française.

TRAITEMENT DE LA CRISE PAR LES MÉDIAS FRANÇAIS

Wilfried : Quelle image de la France au Togo aujourd'hui ?

François-Xavier Verschave : C'est une image qui est devenue rapidement désastreuse, et beaucoup d'observateurs remarquent les similitudes avec le processus ivoirien. Ce sont des policiers et des militaires formés par la France qui tirent sur la foule, avec des armes françaises.

TKJ : Quel est votre opinion sur l'issue de la crise au Togo ? Peut-on arriver à un scénario à l'ivoirienne ?

François-Xavier Verschave : Cela peut tourner très mal. La seule issue digne et légitime, ce sont de nouvelles élections sous un vrai contrôle international, notamment en ce qui concerne les listes électorales et le contrôle du dépouillement des résultats. Ce sont des règles élémentaires hors desquelles il n'y a pas de démocratie, et il ne peut y avoir que des affrontements sans fin. J'ajouterai que c'est une question de pression internationale. Tout dépend du regard du monde extérieur sur ces élections. Et dans cette affaire, les enjeux de propagande sont considérables. C'est un peu comme ce qui s'est passé en Ukraine, ou à Madagascar : si le monde extérieur considère que ces élections sont une mascarade, à ce moment-là il y a la porte ouverte pour trouver une issue politique.

Francis : Et l'ONU ? N'a t-elle pas un rôle à jouer au Togo ?

François-Xavier Verschave : Certainement. Mais nous sommes aussi déçus par la position de Kofi Annan, qui est d'un pays tout proche. Au moment où il y a eu une terrible guerre civile au Congo Brazzaville, Kofi Annan a dit confidentiellement : je ne peux rien faire car le Congo Brazzaville, c'est le domaine réservé de la France à l'ONU. Et je pense qu'il en est un peu de même avec le Togo. Pour éviter cela, il faut une mobilisation des autres pays qui n'acceptent pas l'attitude de la France. Je pense en particulier à l'Allemagne, peut-être à la Grande-Bretagne. Et je crois qu'il faut aussi une mobilisation des citoyens africains vis-à-vis de ceux de leur gouvernement qui sont tentés d'avaliser cette élection.

Mame : Que pensez-vous du traitement de la situation actuelle du Togo par les médias français ?

François-Xavier Verschave : Il est variable. Il y a eu de très bons reportages. Dans l'ensemble, les médias français, après un peu d'hésitation, reconnaissent qu'il y a vraiment eu un gros problème dans ces élections et que Faure Gnassingbé n'est pas le vainqueur réel. Mais il y a encore certains médias et journalistes qui sont tentés de suivre la position élyséenne : une position extrêmement hypocrite qui consiste à dire : nous suivons l'avis de la Cedeao. Celle-ci dit : je suis l'avis du Conseil constitutionnel togolais. Or ce Conseil a été nommé par la dictature.

Wilfried : La presse française dit qu'il y a autour d'une vingtaine de morts au Togo. Mais certaines sources togolaises annoncent plutôt une cinquantaine de morts...

François-Xavier Verschave : Nous avons beaucoup d'informations qui remontent par nos contacts sur le terrain. Quand je dis "nos", ce sont les dizaines d'ONG françaises qui suivent la situation de très près et nous redoutons que le chiffre de victimes soit beaucoup plus élevé que le chiffre que vous avez annoncé. Car les blessés se cachent, et l'information sur les exactions du camp Eyadéma circule très mal.

Belevian : Est-ce que l'Afrique du Sud pourrait intervenir comme avec la crise en Côte d'Ivoire ?

François-Xavier Verschave : Oui, on a vu que l'Afrique du Sud avait joué un rôle positif dans le cas ivoirien. Mais il faut qu'elle soit sollicitée par les instances africaines, notamment l'Union africaine. Or, le président de l'Union, le Nigérien Obasanjo, a lui aussi adopté une position très en retrait. La France, là encore, a un moyen de pression dans le cadre des discussions actuelles sur le futur membre permanent du Conseil de sécurité représentant l'Afrique, qui pourrait être le Nigeria.

Bloody : Que pensez-vous du projet de "gouvernement de réconciliation nationale" ?

François-Xavier Verschave : C'est une resucée de ce qu'on appelait il y a quelques années la démocratie apaisée. C'est un processus que j'ai longuement décrit dans mon livre "Noir silence" et qui consiste à dire : il y a une élection truquée, douteuse, on tourne la page, on garde le président, et celui-ci octroie des miettes du pouvoir à tous les opposants qui ont faim. C'est un scénario qui a été éprouvé au Cameroun, au Gabon ou ailleurs et qui consiste à avaliser une escroquerie. Tout le pouvoir restera en réalité entre les mains du clan Eyadéma.

Roby44 : Quel rôle peut jouer Gilchrist Olympio dans cette crise, a t-il une réelle crédibilité ?

François-Xavier Verschave : Gilchrist Olympio a une crédibilité symbolique en ce sens qu'il est le fils du père de l'indépendance, Sylvanus Olympio, assassiné en 1963 par Gnassingbé Eyadéma. Et il a surtout une crédibilité politique car en 1998, lors d'un précédent scrutin présidentiel, il a bénéficié d'un raz de marée électoral en sa faveur. Et là encore, le pouvoir togolais avait été obligé d'établir un black-out complet sur le dépouillement des résultats. Si les observateurs avaient fait leur devoir, Gilchrist Olympio serait le président du Togo depuis 1998. Que peut-il faire ? C'est un élément parmi d'autres d'une opposition togolaise qui a fait preuve de son sens des responsabilités en s'unissant à l'occasion de ce scrutin présidentiel. On dit toujours que l'opposition togolaise est irresponsable, mais là, elle a su assumer son rôle historique. Cette opposition, elle est diverse, mais il n'y en a qu'une. On parle de distinction entre opposition radicale et opposition modérée. L'opposition modérée, c'est en fait quelques petits partis suscités et contrôlés par la dictature.

Batman : Que pensent et que font les Etats-Unis du pré carré français ?

François-Xavier Verschave : Il y a un jeu permanent d'entente-compétition. Les Etats-Unis, bien sûr, souhaiteraient prendre plus de place dans les anciennes colonies françaises en Afrique. Mais en même temps, sur un certain nombre de points, ils ont besoin de la France, ne serait-ce que parce que leurs expériences africaines ont parfois été désastreuses. Je pense à la Somalie. Et donc on assiste en permanence à des deals entre la France et les Etats-Unis. Des échanges de bons procédés. Dans le cas du Togo, je ne sais pas ce qui prévaudra. Un arrangement en échange de concessions en Irak ou ailleurs ? Ou au contraire les Etats-Unis profiteront-ils d'une situation de faiblesse de la France ?

sdfsd : Hier la Côte d'Ivoire, aujourd'hui le Togo, et demain à qui le tour ? Le Gabon, le Congo ?

François-Xavier Verschave : N'importe lequel de ces pays. La Françafrique dure depuis 40 ans, c'est beaucoup trop. Les situations sont explosives dans beaucoup d'endroits, et on ne sait pas quelles seront les prochaines brèches. Ça peut être le Gabon, ça peut être des endroits plus inattendus. Les Africains sont de plus en plus conscients du sort indigne qui leur est fait par ce soutien français aux dictatures africaines. Dictatures qui les oppriment et qui les pillent.

Erasme : Pourquoi les Togolais se sont-ils attaqués à l'Institut culturel allemand ? Ceux-ci pourraient-ils intervenir militairement ?

François-Xavier Verschave : En fait, il s'agit de militaires togolais liés au pouvoir. Le pouvoir est très mécontent de l'attitude de l'Allemagne parce que, entre autres, elle a accueilli le ministre de l'intérieur qui, dans la nuit du 21 au 22 avril, a dit que le processus électoral était suicidaire et que si on maintenait les élections le 24 avril, on allait droit dans le mur. Le ministre de l'intérieur était particulièrement bien placé pour le savoir. Il a été aussitôt démissionné et il s'est réfugié à l'ambassade d'Allemagne. D'ailleurs, depuis une quinzaine d'années, l'Allemagne a une position beaucoup plus claire que celle de la France par rapport aux enjeux démocratiques au Togo.

LA "FRANÇAFRIQUE"

Batman : Comment expliquez-vous l'absence de la Françafrique dans le débat politique français ?

François-Xavier Verschave : C'est une question centrale. Il y a deux composantes principales. Comme cela a été expliqué lors du procès Elf, les circuits financiers françafricains arrosent la très grande majorité du système politique français, de droite et de gauche. Donc les hommes d'Etat français ont sur le sujet un boeuf sur la langue. D'autre part, la relation de la France avec l'Afrique est marquée par quatre siècles de mépris. Et l'opinion publique française se scandalise très peu de choses qui lui paraîtraient inacceptables dans une autre région du monde. Jacques Chirac n'aurait jamais osé dire qu'il était l'ami personnel de Pinochet. On le voit aussi à propos du Congo Brazzaville, qui a subi une guerre civile atroce et une série de crimes contre l'humanité, avec la complicité française, dans une indifférence générale. Tout cela s'est conclu par des élections truquées le même jour que la dernière présidentielle qui a réélu M. Mugabé au Zimbabwe. Toute la presse français est allée suivre les élections au Zimbabwe, et personne à Brazzaville, berceau de la France libre.

Xsara : A lire ce débat, il semble qu'on ne sorte jamais de rapports de protectorat en afrique. Quand laissera t-on les Togolais disposer d'eux-mêmes ?

François-Xavier Verschave : C'est notre plus vif souhait.

Rubsy : Ne pensez-vous pas que la cellule africaine de l'Elysée est obsolète et qu'il faut la réformer ?

François-Xavier Verschave : Il ne faut pas la réformer, il faut la supprimer. Il n'y a pas besoin de cellule secrète. Plus les relations bilatérales se passent de manière ouverte, plus elles sont bénéfiques. Et là, on est en réalité dans des relations de domination, et je dirais même de quasi-esclavage du point de vue des peuples qui la subissent.

Pat : Si la France intervient, on parle de colonialisme. Si elle laisse faire, alors c'est de l'indifférence. Que proposez-vous?

François-Xavier Verschave : Dans cette affaire togolaise, les choses étaient très simples. La France aurait dû, avec l'Union européenne, l'Union africaine et l'ONU, veiller à ce que soit mis en place un contrôle de base du processus électoral garantissant sa validité. Et il n'y aurait eu aucun problème, de risque de mettre le pays à feu et à sang. Au lieu de cela, la France, comme je l'ai dit, est intervenue avec tous ses moyens de pression pour favoriser la victoire du fils du dictateur. Une dictature qui est véritablement honnie par le peuple togolais et qui a réduit le pays à l'état de misère. Donc la France est intervenue, mais pas dans le bon sens.

"UNE REFONTE COMPLÈTE DES RELATIONS "

Erasme : Qu'est-ce qui vous fait espérer un changement de politique en Afrique ? Sachant que tout le monde y trouve son compte : les partis de gouvernement, les dirigeants africains, les industriels français, à quand une refonte complète des relations ?

François-Xavier Verschave : Ce changement viendra d'abord des Africains, qui ont quand même un certain nombre de moyens de résister à ces mécanismes. Je crois beaucoup à la prise de conscience de ce qu'on appelle la société civile africaine par rapport à toutes les injustices qu'elle subit, que ce soit sur les questions de la dette, du commerce inéquitable, du rôle des multinationales, du jeu barbouzard des grandes puissances. Tout cela peut être un processus apparemment trop lent mais dont il ne faut pas désespérer. En 1990, il n'y avait pas un seul exécutif légitimement élu en Afrique. Aujourd'hui, il y en a plus d'une douzaine : un quart des pays africains, ce qui montre un progrès vers ce qui me semble essentiel : la revendication d'un pouvoir politique légitime qui ne passe pas son temps à marquer des buts contre son propre pays.

Ben : Comment se fait-il que malgré vos dénonciations l'opinion publique française n'arrive pas à comprendre les jeux malsains que jouent les autorités françaises en son nom ?

François-Xavier Verschave : Il s'agit d'évolutions des mentalités. Ces évolutions sont forcément toujours trop lentes au gré de ceux qui subissent des situations intolérables, mais elles sont réelles. Il y a sept ans, quand nous avons commencé à parler de Françafrique, tout le monde nous accusait de théorie du complot. Aujourd'hui, le rôle des jeux obscurs barbouzards et financiers entre la France et l'Afrique n'est plus guère contesté, et le terme Françafrique est passé dans le langage courant. Le procès Elf a contribué à cette éducation populaire. Donc je pense que peu à peu, l'opinion publique française va se mettre à rejeter ces pratiques. Espérons que nous irons un peu plus vite que les Turcs avec les Arméniens...

Samy : Cette politique africaine est-elle éternelle ou cessera-t-elle avec le départ de Chirac ?

François-Xavier Verschave : Il y a eu une continuité remarquable entre de Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac. Ce n'est pas qu'une question de génération, c'est une question d'institutions. Nous sommes une exception dans les grandes démocraties. Nous sommes une sorte de monarchie républicaine dans laquelle le peuple français a abdiqué le contrôle d'un certain nombre d'enjeux de politique étrangère à un exécutif bunkerisé. Donc en fait la question n'est pas tellement de savoir qui remplacera Jacques Chirac, mais si l'on restera dans ce système de monarchie républicaine dont la Françafrique est l'un des dégâts les plus marquants.

Jim : Comment faire en sorte que l'Assemblée nationale porte un regard (critique) sur cette politique ?

François-Xavier Verschave : Il faut réveiller les députés, ce à quoi un certain nombre d'associations s'emploient. Cette monarchie républicaine, c'est aussi le fruit d'une abdication des députés. La France est l'un des très rares pays occidentaux où il n'y a pas de contrôle parlementaire des services secrets. Et les députés, quand on leur propose d'en installer un, car des services secrets non contrôlés c'est dangereux, répondent qu'ils font toute confiance à l'exécutif.

Jim : La population togolaise émigrée en France est-elle organisée ? A-t-elle les moyens de se faire entendre et de sensibiliser l'opinion publique française ?

François-Xavier Verschave : Je crois que les récents événements ont beaucoup contribué à développer cette organisation qui, jusque-là, était sûrement insuffisante.

Samy : L'Europe a t-elle un rôle à jouer pour tenter de "brider"  la politique française ?

François-Xavier Verschave : C'est ce que nous espérons. Mais cela ne se fera pas tout seul, parce que parfois, on a l'impression que d'autres pays européens sont tentés par les bénéfices du mode de gestion parallèle françafricain. Alors qu'au début des années 1990, la France était la seule à soutenir le pouvoir intégriste et raciste soudanais, on a vu au début 2000 des pays comme la Suède et l'Allemagne se compromettre avec ce régime. Rien ne se fera sans une mobilisation, une exigence de contrôle démocratique, dans les pays européens, en lien avec les résistances africaines.

Chat modéré par Tupac Pointu et Violette Lazard (www.lemonde.fr)

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Togo: le départ des Allemands

La France recommande la prudence à ses ressortissants

Contrairement aux Allemands qui ont commencé par quitter le Togo plongé dans une grave crise politique, les Français n'ont reçu aucune consigne de départ.

Des consignes de prudence ont été données le 30 avril par la France à ses ressortissants au Togo, mais pas de mot d'ordre de quitter le pays, contrairement aux Allemands qui ont commencé de partir, a-t-on appris samedi de source diplomatique à Paris.

"Pour la période de l'élection présidentielle, des consignes de prudence ont été données par l'ambassade de France sur place aux Français, notamment d'éviter de se trouver mêlés à des attroupements", selon cette source. "Mais il n'y a pas eu de mot d'ordre incitant à quitter le pays", a-t-elle précisé. Trois mille Français environ vivent au Togo.

"Les intérêts allemands ciblés"

Des ressortissants allemands ont quitté le Togo dès vendredi soir pour se réfugier dans des pays voisins en raison de la flambée de violence dirigée contre les intérêts allemands dans ce pays, a indiqué samedi Berlin. Le gouvernement allemand avait auparavant demandé à ses quelque 300 ressortissants vivant au Togo de quitter provisoirement le pays.

La cellule de crise mise en place à Berlin ne prévoit pas pour le moment d'évacuer l'ambassade d'Allemagne à Lomé, cible d'attaques du gouvernement togolais qui l'accuse de soutenir l'opposition.

L'ancien ministre togolais de l'Intérieur, François Esso Boko, qui avait dénoncé le processus électoral le 22 avril, est actuellement réfugié dans les locaux de l'ambassade. Quelques ressortissants français se sont aussi réfugiés dans l'ambassade d'Allemagne, avant d'en repartir pour être logés dans des hôtels, au moment des attaques mardi et mercredi contre des Francais par les opposants de Faure Gnassingbé, déclaré vainqueur de la présidentielle du 24 avril, a indiqué la source diplomatique à Paris.

Le Togo a été colonisé pendant une vingtaine d'années par l'Allemagne avant la Première guerre mondiale, puis, après la défaite allemande, placé par la Société des Nations en 1922 sous mandat français et britannique. En 1956, le Togo britannique opte pour son incorporation au Ghana et le Togo français devient une République autonome, avant l'indépendance de 1960.

(Avec AFP)

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Togo: vers une normalisation

Une délégation de la CEDEAO attendue à Lomé

L'organisation ouest-africaine tente de trouver une voie de sortie avec les protagonistes de la crise politique. Un calme précaire règne dans la capitale 

Une médiation africaine se met en place pour tenter de trouver une solution à la crise politique au Togo, où une délégation conjointe de l'UA et de la CEDEAO est attendue ce samedi, alors qu'aucun incident majeur n'a été signalé au cours de la nuit à Lomé.

La situation se normalisait progressivement samedi matin dans la capitale togolaise, où les forces de l'ordre patrouillent toujours. Le calme régnait à l'aube dans les quartiers populaires de Bé et Dékon, fiefs de l'opposition et épicentres des violences provoquées par l'annonce mardi de la victoire de Faure Gnassingbé à la présidentielle du 24 avril.

Les dernières barricades érigées au plus fort des émeutes par les manifestants de l'opposition ont été démantelées par l'armée et signe d'une relative normalisation, le championnat national de 1ère division de football devrait reprendre ce week-end avec deux matchs à Lomé. Une délégation conjointe de l'UA et de la CEDEAO (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest) est attendue samedi dans la capitale pour une mission de bons offices.

L'opposition, qui a demandé l'invalidation du scrutin, a affirmé vendredi n'avoir "pas d'objection" à rencontrer l'UA et que dans "l'immédiat, la médiation doit mettre en place un système d'arbitrage des contestations sur le scrutin afin de pacifier le pays". "L'Union africaine, l'Union européenne, l'ONU et les Etats-Unis sont nos interlocuteurs principaux", a souligné le coordinateur de la coalition d'opposition, Me Yawovi Agboyibo qui a affirmé par ailleurs que "la répression a entraîné entre les 24 et 29 avril une centaine de morts, et plus de 300 blessés".

Il n'existe pas, à ce jour de bilan de source indépendante des violences. Par ailleurs, le président de la Commission de l'UA, Alpha Oumar Konaré, devait se rendre au Nigeria pour s'entretenir de la situation au Togo avec le président de l'organisation panafricaine, le président nigérian Olusegun Obasanjo. Les résultats provisoires du scrutin présidentiel, qui ont accordé mardi la victoire à Faure Gnassingbé, candidat du Rassemblement du peuple Togolais (RPT, ancien parti unique, au pouvoir) avec 60,22% des voix n'ont pas encore été confirmés par la Cour constitutionnelle.

Mais ils sont violemment contestés par les partisans d'Emmanuel Bob Akitani, le candidat de la coalition de l'opposition qui s'est autoproclamé, mercredi, vainqueur de l'élection avant d'en demander l'invalidation. La CEDEAO a, pour sa part, avalisé l'élection, estimant que les "anomalies et les incidents" enregistrés lors des opérations de vote ne remettaient pas en cause la "crédibilité" du scrutin. La CEDEAO a également jugé jeudi soir que "l'autoproclamation" du candidat Bob Akitani, avait été "faite en violation de la Constitution et des lois de la République".

"Voyants au rouge"

Le secrétaire général adjoint de l'Onu aux affaires humanitaires, Jan Egeland, a exprimé son inquiétude devant la situation au Togo, dans laquelle les civils sont victimes de "violences indiscriminées" et où existe "un risque de dérapage". "Tous les voyants sont au rouge actuellement dans nos antennes humanitaires. Il y a beaucoup de violence et un risque de dérapage (...) Nous avons été contraints d'évacuer la plupart de notre personnel international vers le Bénin et les autres pays voisins", a-t-il indiqué. Selon les chiffres du HCR, près de 6.000 Togolais ont trouvé refuge au Bénin, et d'autres ont fui au Ghana, deux pays voisins du Togo.

A lendemain de l'incendie criminel du centre culturel allemand à Lomé et des attaques du gouvernement togolais qui accuse l'Allemagne de soutenir l'opposition, Berlin a demandé à ses ressortissants de quitter "provisoirement" le Togo. Les premiers d'entre eux ont quitté le pays dès vendredi soir. Environ 300 citoyens allemands vivent au Togo, selon le ministère allemand des Affaires étrangères. Le Togo a été colonisé pendant une vingtaine d'années par l'Allemagne avant la Première guerre mondiale, avant d'être remis en 1922 sous mandat français et britannique après la défaite allemande. En 1956, le Togo britannique opte pour son incorporation au Ghana et le Togo français devient une République autonome. Il devient indépendant en 1960.

(Avec AFP)

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29 avril 2005

Editorial international (RFI) du 28/04/2005

Togo : le péché originel

Au moins 22 morts à Lomé : c'est le bilan provisoire des violences qui ont suivi l'annonce de la victoire de Faure Gniassingbé - le fils du général-président Eyadéma - à l'élection présidentielle de dimanche.

Le candidat de l'opposition Akitani Bob vient de se proclamer vainqueur du scrutin.

Les observateurs de la CEDEAO - la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest - estiment que «des anomalies et des insuffisances ont émaillé le vote», mais ne remettent pas en cause «sa crédibilité». Dépendants du port de Lomé qui a remplacé celui d'Abidjan pour leur importations, les voisins du Togo misent, évidemment sur la continuité du pouvoir togolais...

Hier, Washington a jugé insatisfaisant le déroulement du srutin tandis que l'Elysée attend l'annonce des résultats officiels par le Conseil constitutionnel togolais. Plus prompt dans sa réaction, le ministre français des Affaires étrangères, Michel Barnier a, pour sa part, parlé d'un «succès», qualifiant l'élection de «globalement satisfaisante». La réaction a été immédiate : plusieurs villas et commerces appartenant à des Français ont été pillés, 35 d'entre eux trouvant refuge à l'ambassade d'Allemagne, à proximité de leur domicile.

En dépit de son extrême prudence à ne pas s'immiscer dans l'élection, en dépit d'un alignement scrupuleux sur la CEDEAO, Paris est toujours suspecté par l'opposition de miser sur la continuité d'un pouvoir fondé sur trois piliers :

- les tribus Kabié du nord du pays, démographiquement minoritaires face aux Eoués et autres ethnies côtières;

- l'armée togolaise dont les cadres sont majoritairement issus des tribus du nord;

- enfin, ce qu'on appelle à Lomé, le clan Eyadéma regroupant, outre les cadres de l'armée, les responsables des différents services de sécurité du pays.

Les violences actuelles renvoient ce pouvoir, qui a fait régner la terreur pendant 38 ans, à son péché originel du 13 janvier 1963 : l'assassinat de Silvanus Olympio avec la complicité des services de Jacques Foccart, l'inamovible Monsieur Afrique de la Ve République.

Et l'alternance socialiste n'a pas vraiment changé la donne.

Par conséquent, les conseillers français du clan Eyadéma et le premier d'entre eux le juriste Charles Debbash - bien que qualifié de mercenaire en col blanc par les services de l'Elysée - sont toujours suspectés d'inspirer une diplomatie parallèle qui brouille singulièrement les efforts de Paris réaffirmant sa non-ingérence et sa faveur pour une médiation régionale de la CEDEAO. Détenteur d'un passeport togolais et recherché par la justice française, Charles Debbash continue de conseiller l'état-major de l'armée togolaise qui, indépendamment de Faure Gniassingbé, détient toujours la réalité du pouvoir.

Et on voit mal dans ces conditions comment un gouvernement d'union nationale, à supposer qu'il puisse se constituer, pourrait faire l'économie d'une mise à l'écart de cette armée responsable de toutes les basses oeuvre de l'ère Eyadéma...

Richard Labévière

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Togo: accalmie à Lomé, plus de 3.000 personnes se réfugient au Bénin

L'ordre semble revenir dans la capitale togolaise avec une timide reprise des activités après deux jours de violences ayant fait 30 morts (bilan officiel). La France se défend de s'ingérer dans la crise politique.

Les violences ont pratiquement cessé jeudi à Lomé, après deux jours d'émeutes provoquées par l'annonce de la victoire de Faure Gnassingbé à la présidentielle togolaise du 24 avril, et qui ont fait fuir au Bénin voisin plus de 3.000 Togolais.La France, accusée par l'opposition de cautionner cette victoire contestée, a affirmé ne pas vouloir s'ingérer dans les affaires du Togo où ces violences ont fait au moins 22 morts depuis mardi et qui ont touché aussi le reste du pays, avec 8 morts enregistrés Aneho, à l'ouest de Lomé.

Les activités ont repris timidement jeudi matin dans la capitale togolaise, débarrassée dans la nuit de ses barricades par les bulldozers de l'armée.

Tous les grands axes ont été dégagés, dans le centre-ville, dans l'ouest, mais également les quartiers sud de Bé et Dékon, traditionnellement favorables à l'opposition et épicentres des violences.

La situation restait néanmoins tendue dans cette partie sud de la capitale, quadrillée par les forces de l'ordre, et où des émeutiers pouvaient être encore aperçues dans certaines ruelles, lançant encore quelques projectiles.

Dans la partie nord de la ville, épargnée par les troubles et plutôt favorables au pouvoir, la situation est quasi-normale.

"Dans ce scrutin (présidentiel), ni pendant, ni avant, ni après et, pour l'avenir, il n'y aura pas d'ingérence de la France dans les affaires du Togo", a assuré jeudi sur une chaîne de télévision française le ministre français des Affaires étrangères, Michel Barnier.

Des biens de ressortissants français ont été pillés depuis mardi, la France étant accusé par l'opposition d'avoir voulu maintenir son contrôle sur son ancienne colonie en soutenant le fils du président Gnassingbé Eyadéma, décédé le 5 février.

Toutefois, aucun ressortissant français n'a été agressé physiquement à Lomé, a indiqué Claire Durand, élue de l'Union des Français de l'étranger au Togo. Seule "une épouse de militaire a été menacée par un couteau quand les pilleurs sont rentrés chez elle", a-t-elle indiqué.

"Nos services localement et l'ambassade sont totalement mobilisés pour accompagner les Français et pour les protéger", a déclaré M. Barnier.

A la suite de l'annonce de la victoire de Faure Gnassingbé avec 60,22 % des suffrages, le candidat de l'opposition Emmanuel Akitani Bob (38,19%) s'est autoproclamé mercredi président. Cette déclaration a été qualifiée le soir-même de "fantaisiste" par le chef de l'Etat par interim Abass Bonfoh.

Celui-ci a ordonné aux forces de sécurité "d'interpeller toute personne qui se mettra en travers de l'Etat de droit, de la loi républicaine (...)", laissant ainsi planer la menace d'une arrestation des dirigeants de l'opposition.

L'opposition n'a pas relevé cet avertissement. "Nous continuons à travailler (...). Personne n'a été arrêté, ils n'oseront jamais nous arrêter", a commenté Jean-Pierre Fabre, secrétaire général de l'Union des forces de changement (UFC, principal parti de l'opposition), tandis que M. Akitani Bob réclamait l'invalidation du scrutin pour de "multiples irrégularités" enregistrées pendant le vote et lors de la campagne électorale.

L'ancien secrétaire d'Etat français à l'Intégration Kofi Yamgnane, de nationalité française et togolaise, a, quant à lui, fait état d'une "centaine de tués", une "estimation" fondée sur des informations communiquées par "des correspondants".

La ville d'Aného, située à moins de cinq kilomètres de la frontière béninoise, a été le théâtre mardi et mercredi de violents affrontements entre forces de l'ordre et manifestants qui ont saccagé le commissariat central et un hôtel.

Les affrontements ont cessé progressivement pendant la nuit, avec des détonations sporadiques, ainsi que quelques tirs d'armes automatiques. Le calme est revenu jeudi dans la ville, qui restait néanmoins presque déserte et où les forces de sécurité étaient omni-présentes et recherchaient des armes subtilisées par les émeutiers. Au moins huit personnes ont été tuées dans ces violences, selon des témoins.

Dans la région d'Aného, des centaines de Togolais continuaient jeudi matin à se réfugier au Bénin voisin. De nombreuses familles, en majorité des femmes et des enfants, baluchons sur la tête et sacs à bout de bras, traversent en pirogues la lagune qui borde l'Océan atlantique et marque à cet endroit la frontière occidentale du Togo avec le Bénin.

Plus de 3.000 Togolais ont ainsi passé la frontière. Près de 600 ont été installés dans un camp à Comé, près du poste frontière d'Hilacondji, alors que les autres étaient hébergés par des proches ou des familles d'accueil.

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Au moins 20 morts dans les violences post électorales au Togo

Des centaines de personnes se sont réfugiées dans les pays voisins au lendemain des résultats controversés de la présidentielle

Des émeutes entre forces de l'ordre et opposants au régime ont éclaté pour la seconde journée consécutive dans les rues de Lomé, faisant au moins 20 morts et incitant plus de 1.000 personnes à fuir au Bénin et au Ghana voisins.

La capitale togolaise a sombré mardi dans une guerre urbaine quelques minutes après l'annonce de la victoire de Faure Gnassingbé, candidat du pouvoir et fils d'Eyadéma, à l'élection présidentielle de dimanche.

Alors que les affrontements se poursuivaient mercredi, notamment dans le quartier de Bé, fief de l'opposition, Emmanuel Bob Akitani, candidat de l'opposition défait, s'est autoproclamé président et a demandé à ses partisans de rester mobilisés.

Le président par interim, Abass Bonfoh, a qualifié cette autoproclamation de "fantaisiste, nulle et non avenue" et il a ordonné aux forces de sécurité "d'interpeller toute personne qui se mettra en travers de l'Etat de droit de la loi républicaine".

"Pour le moment nous avons recensé neuf morts, huit Nigériens qui ont été battus et brûlés vifs ainsi qu'un policier, tué à coups de machette", a déclaré le ministre de l'Intérieur en exercice, Katari Foli-Bazi. Quelque 1.200 personnes ont fuit vers le Bénin voisin et le Ghana pour échapper à la violence qui a éclaté dans de nombreuses villes du pays après l'annonce des résultats du scrutin, a fait savoir le Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés.

"Nous espérons que ce n'est pas le premier signe d'un exode, que le calme va être rétabli et que les gens vont revenir", a dit dans un communiqué David Lambo, directeur du bureau africain du HCR.

APPEL A L'APAISEMENT

Un calme relatif est revenu dans la soirée à Bé, où de jeunes manifestants armés de lance-pierres et de machettes avaient dressé des barricades et incendié des pneus sous les tirs de balles en caoutchouc et de grenades lacrymogène des forces de l'ordre.

Deux médecins du CHU de Tokoin, le principal hôpital de la capitale, ont avancé un bilan de 50 morts, un nombre impossible à vérifier pour l'heure. D'autres sources, des habitants et des humanitaires, parlent d'une dizaine de tués au moins.

Les dirigeants de l'opposition ont déclaré que 12 des leurs partisans avaient été tués.

Plus de 100 personnes ont été blessées, certaines par balles, a-t-on appris de sources hospitalières.

Un médecin a déclaré sous le sceau de l'anonymat que des individus armés et des miliciens pénétraient dans les cours et ouvraient le feu. Il a ajouté que certaines des victimes avaient été touchées par balle dans le dos.

Des résidents d'Aneho, une ville située à 45 kilomètres de Lomé, à la frontière béninoise, ont rapporté que des habitants avaient commencé à fuir au Bénin après l'attaque de bâtiments officiels par des jeunes gens qui ont aussi mis le feu à des voitures. Un témoin a fait état de plusieurs morts.

Des dizaines de personnes, dont certaines, à pied, transportant leurs biens sur leur tête, ont quitté Lomé en direction du Bénin.

Faure Gnassingbé a lancé un appel à "l'apaisement" et au "pardon mutuel" et a assuré que tout serait fait pour assurer la sécurité des ressortissants français au Togo.

"Acceptons-en les résultats et regardons l'avenir", a-t-il ajouté sur France Inter et France Info, accusant "certains leaders politiques" d'avoir "annoncé" les émeutes s'il gagnait.

SCENARIO A L'IVOIRIENNE?

Il a proposé la formation d'un gouvernement d'union nationale, mais les dirigeants de l'opposition ont rétorqué qu'ils ne pouvaient coopérer avec un président qu'ils accusent de fraude.

Confirmant que "plusieurs ressortissants français" avaient subi des actes de violence et des vols à Lomé, Paris a pour sa part lancé un "appel à l'ensemble des responsables politiques togolais pour qu'ils ramènent le calme".

"Au-delà, la France appelle à la réconciliation entre tous les Togolais et à l'amorce d'un dialogue indispensable pour l'avenir du pays", a déclaré le porte-parole du Quai d'Orsay, Jean-Baptiste Mattéi.

Entre 2.000 et 3.000 Français vivent actuellement au Togo. Pour Kofi Yamgnane, porte-parole de l'opposition togolaise en Europe et vice-président PS du conseil général du Finistère, ils risquent d'être victimes d'un scénario "à l'ivoirienne" en raison de la déclaration du ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier, qui avait qualifié lundi l'élection de "succès".

"Ce qu'il a dit, les Togolais l'ont pris comme une vraie gifle. C'est ce qui explique que les jeunes Togolais maintenant s'en prennent aux Français. J'ai beau leur dire que Jacques Chirac ce n'est pas la France...", a expliqué Yamgnane.

L'opposition, unie derrière l'Union des forces de changement de Gilchrist Olympio (UFC) et le candidat Bob Akitani, accuse le Rassemblement du peuple togolais (RPT) de Faure Gnassingbé de fraude massive.

Le fils d'Eyadéma avait été porté à la présidence par l'armée à la suite du décès de son père le 5 février, après 38 années de pouvoir sans partage. Cédant aux pressions de la communauté internationale, Faure Gnassingbé avait par la suite démissionné en promettant la tenue d'un scrutin présidentiel.

De nombreuses voix s'étaient élevées au Togo, y compris au sein même du gouvernement, pour réclamer le report de l'élection en raison du manque de préparation et du risque que représentait l'organisation du scrutin pour la sécurité du pays.

Les dirigeants africains redoutent que le Togo sombre dans la guerre civile et déstabilise la sous-région occidentale de l'Afrique déjà en proie à de nombreux conflits.

(Avec Reuters)

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26 avril 2005

A la recherche d'un consensus pour la formation d'un gouvernement d'union nationale

Faure Gnassingbé et Gilchrist, se sont rencontrés en vue d'une décrispation de la crise politique au Togo.

Peut-être la rencontre de dernière chance. Les deux prinicipaux rivaux de la scène politique togolaise se sont engagés lundi à respecter les résultats du scrutin et à former un gouvernement d'union nationale, a déclaré le président nigérian Olusegun Obasanjo.

Le candidat du parti au pouvoir Faure Gnassingbé, qui avait brièvement assuré la présidence après le décès de son père Gnassingbé Eyadéma, et Gilchrist Olympio, le principal partisan du candidat de l'opposition Bob Akitani, ont été invités par Obasanjo -qui est également président de l'Union africaine- pour éviter un embrasement de la situation au Togo après les violences qui ont suivi le vote de dimanche.

"Nous sommes d'accord pour accepter les résultats et quel que soit le vainqueur des élections, il formera un gouvernement d'union nationale", a déclaré Obasanjo, flanqué des deux rivaux.

"Nous sommes aussi d'accord pour examiner la Constitution afin d'y ajouter un amendement qui garantisse l'idéal de la démocratie et des droits de l'homme", a-t-il ajouté.

Sous l'impulsion du président nigérian, les deux candidats se sont embrassés lors d'une conférence de presse pour montrer les efforts fournis pour installer la paix dans leur pays.

Olympio a déclaré que le Togo, après avoir "erré dans le désert" pendant des années, a maintenant une occasion "de s'assurer la paix et une vraie démocratie (...) C'est ce à quoi nous travaillons".

Cette rencontre intervient au lendemain d'un scrutin présidentiel sous haute tension au Togo. Les forces de sécurité togolaises ont fait usage lundi de gaz lacrymogène et de grenades assourdissantes pour disperser des foules de partisans de l'opposition en colère.

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Togo: Faure Gnassingbé remporte la présidentielle

Le fils du président Eyadéma a recueilli 60% des suffrages selon la commission électorale. L'annonce des résultats a aussitôt provoqué une reprise des violences dans la capitale.

Les violences reprennent au Togo. L'annonce mardi de la victoire de Faure Gnassingbé à l'élection présidentielle de dimanche a aussitôt déclenché de vives protestations dans les rangs de l'opposition, accompagnées d'affrontements avec les forces de police.

Candidat du Rassemblement du peuple togolais (RPT, au pouvoir), Faure Gnassingbé, fils du dictateur défunt Gnassingbé Eyadéma, a recueilli 60% des suffrages, soit 1,3 million de voix, a annoncé la présidente de la commission électorale, Kissem Tchangai Walla. Son rival, le candidat de l'opposition Emmanuel Bob Akitani a remporté 38% des voix, soit 841.000 votes.

Devant la presse, Komi Koassou, directeur de campagne de Faure Gnassingbé s'est félicité de ces résultats. "La démocratie déclare que le candidat avec la majorité des votes gagne et la population a voté pour son président", a-t-il affirmé.

Mais les responsables de l'opposition, qui accusent le gouvernement de fraude électorale, ont appelé mardi les partisans d'Akitani à bloquer les résultats du scrutin, sans préciser par quel moyen.

"Faure ne peut pas remporter cette élection et tout le monde le sait", a déclaré Jean-Pierre Fabre, secrétaire général de l'Union des forces du changement (UFC, parti politique d'Akitani), sur RFI. "L'opposition appelle tous ses membres à réagir et à empêcher que cela arrive."

Pourtant la veille, Gnassingbé et Gilchrist Olympio, chef historique de l'opposition togolaise et fils du premier président du pays, renversé et assassiné en 1963 lors du coup d'Etat qui amena Eyadéma au pouvoir, avaient accepté la formation d'un gouvernement d'unité nationale quelle que soit l'issue du scrutin.

Les deux rivaux avaient été invités par le président nigérian Olusegun Obasanjo pour éviter un embrasement de la situation au Togo après les violences ayant accompagné le vote de dimanche.

"Nous sommes d'accord pour accepter les résultats et quel que soit le vainqueur des élections, il formera un gouvernement d'union nationale", avait déclaré Obasanjo, en compagnie des deux hommes.

Mais à l'annonce du vainqueur mardi, des opposants togolais en colère ont commencé à lancer des pierres sur les voitures et à ériger des barricades avec des pneus enflammés dans les rues de Lomé. Les habitants de la capitale se sont réfugiés chez eux, alors que des colonnes de fumée noire s'élevaient dans le ciel.

Dans le centre de la ville, la police a été vue en train de matraquer de jeunes opposants, et à Be, bastion de l'opposition togolaise, les forces de sécurité ont tiré des grenades lacrymogènes sur des manifestants, ont rapporté des témoins.

On était sans nouvelles mardi de Bob Akitani qui a choisi de passer à la clandestinité depuis dimanche, déclarant craindre pour sa vie.

Selon la commission électorale, les résultats de l'élection présidentielle devaient être validés par la Cour constitutionnelle dans les prochaines semaines.

Ces résultats sont considérés comme définitifs bien qu'ils ne comprennent pas les bulletins de quelque 700 bureaux de vote dans le pays détruits dans des violences dimanche à travers le pays, a tenu à préciser mardi Kissem Tchangai Walla. Quelque 5.000 bureaux de vote ont été ouverts dimanche.

Si ce scrutin est confirmé, Faure Gnassingbé succédera à son père, qui régna sans partage sur le Togo pendant 38 ans jusqu'à sa mort le 5 février dernier. Aussitôt après la mort du vieux dirigeant, l'armée avait nommé son fils à sa place, violant ainsi la Constitution qui prévoyait un intérim assuré par le président du Parlement en attendant l'organisation d'un scrutin présidentiel.

C'est sous la pression internationale -de l'Union africaine en particulier- et de l'opposition descendue dans la rue, que le régime, accusé d'avoir tenté un coup d'Etat, s'est résolu à en appeler aux urnes.

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