De plus en plus d'expatriés préfèrent les zones excentrées par rapport à la capitale togolaise. Ce phénomène remodèle la ville et donne un air chic à la  banlieue autrefois vide
Lassés par les problèmes de sécurité, de trafic automobile et de pollution, certains expatriés ou étrangers installés à Lomé quittent le centre de la capitale pour les quartiers périphériques.
C’est un phénomène qui a moins d’un an mais qui prend chaque jour un peu plus d’ampleur. Le centre de Lomé et les quartiers résidentiels traditionnels se vident au profit de nouvelles zones de développement considérées jusque là comme de lointaines banlieues.
De nombreux étrangers installés au Togo et des expatriés déménagent vers le secteur de Lomé II, un quartier situé à une quinzaine de minutes en voiture du centre-ville.
Lomé II (au nord de la ville) est le lieu où l’ancien président Gnassingbé Eyadema avait sa résidence, un bâtiment lui-même situé à proximité du camp militaire. C’est dire si, pendant des années, le quartier a été l’un des mieux protégé de la capitale. Et il le reste aujourd’hui.
Mais Lomé II a aussi le grand avantage d’avoir de larges avenues ombragées, des rues où le bitûme résiste encore et d’être à moins de dix minutes de l’aéroport international.
Autant d’atouts qui séduisent de plus en plus de résidents étrangers. Car si leur préoccupation est d’abord sécuritaire, ce n’est pas la seule motivation. Ils trouvent à Lomé II une qualité de vie qu’il devient difficile d’avoir à Lomé même.
Et de fait, les prix de l’immobilier résidentiel dans le secteur commencent à flamber. Une maison avec trois chambres peut aujourd’hui se négocier à la location à plus d’un million de fcfa contre 500.000 il y a deux ans.
Il faut dire que le marché est assez restreint dans le secteur. La demande étant plus forte que l’offre, les propriétaires jouent la hausse.
Les étrangers privilégient désormais ce que l’on appelle aux Etats-Unis les « gated communities ». Des résidences composées de plusieurs dizaines de villas avec accès protégé par des gardes.
Et justement, deux résidences de ce type existent à Lomé. Il y a d’abord la « résidence du Bénin », un programme immobilier développé il y a une trentaine d’années. Tombé en quasi-désuétude, cet ensemble de villas connaît une seconde jeunesse. Maisons rénovées, clôtures fraîchement repeintes, de nouveaux habitants  s’installent depuis quelques mois dans ce vaste village qui abrite la prestigieuse « British School de Lome ».
L’autre nouveauté dans le secteur c’est la « Cité du Millénium » (photos), collée à la résidence du Bénin. Mais là on est dans la catégorie supérieure, le haut-de-gamme. Sur une parcelle totalement vierge ont été édifiées 40 villas de luxe. Une visite dans le domaine donne le sentiment d’être à Miami et certainement pas en Afrique de l’ouest.
Le projet réalisé par un Français installé depuis 30 ans au Togo avait connu des débuts chaotiques lors de son lancement en 2000. Mais depuis un an, la situation s’est complètement inversée à la faveur de l’exode des étrangers vers Lomé II. Pratiquement toutes les maisons ont été vendues. Six seulement restent encore sur le marché.
Et attention, les prix de vente sont conséquents puisqu’ils vont de 95 millions pour la plus modeste (245m2) à 118 millions pour une villa de 5 chambres avec piscine.
Pour ces montants, les maisons sont livrées clés en main avec décoration intérieure et jardin. Il n’y a plus qu’à apporter ses meubles, ses fourchettes et ses couteaux.
Une formule qui a séduit de nombreux étrangers européens et africains : diplomates, fonctionnaires internationaux, hommes d’affaires ou expatriés.
A la différence de la « Résidence du Bénin » où chaque maison appartient à un propriétaire avec lequel il faut négocier, la « Cité du Millénium » a été construite par un promoteur qui commercialise l’ensemble.
Le développement de tout le secteur de Lomé II n’est qu’à son début. D’ici la fin de l’année, la nouvelle présidence sera inaugurée, quelques mois plus tard ce sera au tour de l’ambassade des Etats-Unis puis de Chine de prendre livraison de leurs nouveaux bâtiments. Même les grandes entreprises ont opté pour la délocalisation : Togo Cellulaire, GTA (assurances) et Sazof (société des zones franches) se font construire de nouveaux sièges dans le quartier.
Certains restaurateurs envisagent d’ouvrir de nouveaux établissements pour servir des clients de plus en plus importants et une galerie marchande pourrait voir le jour l’année prochaine.
Révolution urbaine
Mais certains étrangers souhaitent malgré tout rester au centre de la capitale dans des conditions de confort et de sécurités maximales.
A cet égard, les petites villas avec service hôtelier proposées dans l’enceinte de l’hôtel Mercure-Sarakawa (photo de droite) font un malheur. Les demandeurs sont sur liste d’attente et les prix grimpent. Il faut compter 1,5 millions pour un bungalow de deux chambres. Mais à ce prix là, les draps sont changés chaque jour et le room service est ouvert 24h/24 en cas de petite faim. La sécurité est totale avec des vigiles présents sur place en permanence. Enfin l’hôtel dispose d’une spectaculaire piscine olympique.
« C’est peut être un peu cher mais au moins il n’y a pas les soucis d’une maison. Au final on fait certainement des économies », confie l’un des locataires.

(Avec www.republicoftogo.com)