Le RPT, parti au pouvoir, est mis en cause dans un rapport des Nations-unies publié le 26 septembre à Genève. Les partis de l'opposition sont  accusés d'avoir attisé les tensions selon le même rapport.

Bilan sans complaisance cinq mois après les violences de la présidentielle. Les forces de sécurité togolaises sont largement responsables des violences dans lesquelles 400 à 500 personnes ont péri autour de l'élection présidentielle du printemps dernier, affirme dans un rapport le haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme.

Ce bilan se situe à mi-chemin des estimations fournies par des diplomates occidentaux (100 à 150 morts) et par des ONG locales, selon qui 800 personnes pourraient avoir péri dans les violences.

Le Togo a été le théâtre de violents incidents lors de l'élection présidentielle anticipée du 24 avril, provoquée par le décès de Gnassingbé Eyadéma et remportée par l'un de ses fils, Faure.

Dans son rapport diffusé à Genève, fondé sur les conclusions d'une mission d'enquête ad hoc, Louise Arbour dénonce "l'ampleur des disparitions, l'utilisation à grande échelle de la torture et des traitements inhumains et dégradants, les destructions systématiques et organisées des biens et des propriétés" constatées pendant cette période.

LE RPT NOMMEMENT CITE

Elle souligne le "caractère massif et la gravité des actes et des manifestations des violations des droits de l'homme attestées par le nombre élevé de victimes", en estimant à plusieurs milliers le nombre de blessés.

"La responsabilité principale de la violence politique et des violations des droits de l'homme (incombe à) l'ensemble de l'appareil répressif et sécuritaire de l'Etat", estime-t-elle, évoquant une "coordination avec des partisans organisés du pouvoir politique" et citant nommément le Rassemblement du peuple togolais (RPT, au pouvoir).

Après le décès de Gnassingbé Eyadéma, l'armée avait initialement nommé comme successeur au président l'un de ses fils, Faure. Mais le tollé international soulevé par cette manoeuvre ainsi que les manifestations orchestrées par l'opposition avaient contraint Faure Gnassingbé à démissionner et à organiser des élections, qu'il a gagnées.

Le résultat du vote a suscité de nouvelles manifestations souvent accompagnées de violences, et des dizaines de milliers de Togolais se sont réfugiés au Bénin et au Ghana, pays voisins.

L'OPPOSITION AUSSI MONTREE DU DOIGT

Un nouveau gouvernement est arrivé au pouvoir en juin. Il comprend des personnalités n'appartenant pas au RPT mais la plupart des chefs de file de l'opposition ont refusé la proposition qui leur avait été faite de former un gouvernement d'union nationale.

La mission d'information de l'Onu, qui s'est rendue au Togo entre le 13 et le 24 juin, n'exonère pas de toute responsabilité les partis d'opposition qui, selon elle, ont attisé les tensions politiques lors de la campagne.

Arbour impute aux militants d'opposition "de graves actes de violence ayant fait de nombreuses victimes et des saccages et des destructions de biens et de propriétés de militants - ou supposés tels - du parti au pouvoir".

L'ancien juge de la Cour suprême canadienne a exhorté le gouvernement togolais à ouvrir une enquête indépendante sur ces violences et à sanctionner leurs auteurs sur la base de ses conclusions.

De façon plus générale, elle dénonce au Togo "la prégnance dans l'ensemble de la société d'une culture de violence fondée, après plus de 30 ans de régime non démocratique, sur le credo du recours à la violence comme méthode privilégiée de conservation ou de conquête du pouvoir et l'érosion consécutive du sentiment démocratique".

(Avec Reuters)