La commémoration du putsch de 1967 déçoit les espoirs d'ouverture.

Le fantôme de Gnassingbé Eyadéma, l'ancien président du Togo mort en février 2005, va planer, aujourd'hui sur Lomé, à l'occasion d'un défilé militaire. Son successeur et fils, Faure Gnassingbé, a décidé de maintenir la tradition. Chaque 13 janvier, l'armée parade dans les rues de la capitale pour commémorer le putsch qui, en 1967, permit à l'homme aux éternelles lunettes noires de s'emparer du pouvoir pour ne plus le lâcher. Le régime célèbre ce jour-là la «libération nationale».

Pour le principal parti d'opposition, l'Union des forces du changement (UFC), ce défilé est, à l'inverse, «un acte d'arrogance» inacceptable. L'UFC accuse Faure Gnassingbé d'avoir truqué le scrutin présidentiel d'avril 2005, marqué par une explosion de violences. Son dirigeant, Gilchrist Olympio, qui vit en exil à Paris, a aussi des raisons personnelles de fulminer. Un autre 13 janvier, en 1963, un groupe de sous-officiers, emmené par l'ancien sergent-chef de l'armée coloniale française Eyadéma, assassinait le premier président du Togo, Sylvanus Olympio, élu démocratiquement et père de l'actuel opposant.

Au-delà de cette querelle familiale qui se perpétue par fils interposés, le défilé militaire de Lomé douche les espoirs de ceux qui voyaient ­ ou feignaient de voir ­ dans Faure Gnassingbé un trentenaire lucide, capable de sortir son pays de l'ornière. «La situation économique se détériore à vue d'oeil, les routes sont dans un état lamentable et, pendant ce temps, le Président se fait construire un nouveau palais à grands frais», note un observateur.

Le pouvoir, qui ne nie pas les difficultés économiques, les impute au maintien des sanctions de l'Union européenne, qui frappent le Togo depuis 1993. Depuis cette date, Bruxelles tente de rétablir le dialogue entre le clan Eyadéma et l'opposition. En vain, jusqu'ici.

Avant de discuter avec le pouvoir, ses adversaires réclament une réforme en profondeur de l'armée, noyautée par le régime, et des poursuites judiciaires contre les auteurs de la répression du printemps 2005. Nombre d'entre eux défileront aujourd'hui sur le boulevard Eyadéma.

(Thomas HOFNUNG, Libération)