06 juillet 2007
L'armée togolaise se veut républicaine
Dans un rapport rendu public le 5 juillet, les militaires togolais s'engagent à respecter les institutions de la République estimant que les législatives du 5 août permettront de renouer avec la communauté internationale et d'achever la réconciliation nationale.
Les Forces armées togolaises (FAT) ont assuré le chef de l'Etat Faure Gnassingbé qu'elles continueront "à jouer sans faille le rôle républicain" que la Nation attend d'elles, lors de leur grand rapport tenu jeudi devant le président togolais. Elles ont également encouragé le chef de l'Etat à poursuivre sa politique de paix, de réconciliation et de réforme de la société togolaise pour son plein épanouissement. Les FAT "restent rassemblées, unies, fortes, solidaires, fidèles aux institutions de la République, conformément au rôle que leur confère la Constitution togolaise", a indiqué le grand rapport dans sa déclaration finale. A la disparition de l'ex-président Gnassingbé Eyadéma le 5 février 2005, l'armée a soutenu l'arrivée au pouvoir de son fils Faure Gnassingbé. La constitution du pays prévoyait qu'en cas de décès du chef de l'Etat, ce dernier devait être remplacé par le président de l'assemblée nationale qui était à l'époque l'universitaire Fambaré Natchaba. L'actuel ministre de la Défense n'est autre que Kpatcha Gnassingbé, le demi-frère du président Faure Gnassingbé.
Selon les forces armées togolaises, l'Accord politique global signé le 20 août 2006 par l'ensemble des acteurs politiques constitue l'heureux aboutissement de la mise en application des 22 engagements du Togo vis-à-vis de l'Union européenne. Elles ont par ailleurs indiqué que les prochaines législatives attendues au 5 août permettront au Togo d'achever de se réconcilier avec lui-même et avec la communauté internationale. "Depuis deux ans, vous vous êtes attelé à décrisper la vie politique togolaise et à réconcilier les Togolais entre eux", ont indiqué les FAT à Faure Gnassingbé, soulignant en outre qu'elles ont largement bénéficié de sa politique de développement, dont le vote et la promulgation de leurs nouveaux statuts. L'ex-président Gnassingbé Eyadéma a souvent été accusé d'avoir tribalisé l'armée qui serait composée à 70% de gens de son village Pya situé dans la partie septentrionale du pays.
13 janvier 2006
Le Togo, loin d'être sur «la voie de l'apaisement»
Contrairement à ce qu'a annoncé Jacques Chirac pendant les vœux du corps diplomatique mardi matin, plusieus pays d'Afrique, dont le Togo, vivent dans un climat politique tendu.
Le Togo? Cette référence peut susciter quelque interrogation. Depuis l'explosion de violences qui avait marqué le scrutin présidentiel d'avril 2005, avalisé par Paris, c'est le statu quo qui prédomine dans cet ancien protectorat français. Faure Gnassingbé, qui dirige le pays depuis le décès d'Eyadéma (son père) en février 2005, prône officiellement la «réconciliation nationale». Ce qui ne l'empêchera pas d'organiser, vendredi, un défilé militaire dans les rues de Lomé pour fêter la «libération nationale». Autrement dit : la prise de pouvoir par la force de l'ancien sergent-chef de l'armée coloniale française, Gnassingbé Eyadéma, le 13 janvier 1967. Quatre ans auparavant, jour pour jour, le même Eyadéma avait participé, aux côtés d'autres officiers togolais, au putsch contre le premier président du Togo indépendant, Sylvanus Olympio, assassiné lors du coup de force.
Dans ses vœux au corps diplomatique, mardi matin à Paris, Jacques Chirac a souhaité pour la Côte d'Ivoire le «retour à la vie normale, par le dépôt des armes et par des consultations électorales ramenant une démocratie réelle, apaisée». C'est possible, a expliqué en substance le président français, citant en exemple plusieurs pays du continent africain qui, selon lui, ont «retrouvé la voie de l'apaisement» : la République démocratique du Congo, la Centrafrique, la Guinée-Bissau... et le Togo.
Pour l'Union des forces de changement (UFC), la principale formation de l'opposition togolaise dirigée par Gilchrist Olympio (le fils du président assassiné), ce défilé est une véritable provocation. L'UFC, qui présente son candidat malheureux au scrutin d'avril dernier, Emmanuel Bob Akitani, comme «le président des Togolais» sur son site, accuse toujours Faure Gnassingbé de «hold-up électoral».
Prôné par l'Union européenne, le dialogue entre le nouveau régime et ses principaux adversaires est au point mort. Ces derniers réclament comme préalables une réforme en profondeur de l'armée noyautée par le pouvoir, ainsi que le jugement des auteurs de la répression du printemps 2005, qui - selon un récent rapport des Nations unies - aurait fait plusieurs centaines de morts. Faure Gnassingbé ne veut pas en entendre parler...
Enfin, plusieurs milliers de personnes qui avaient fui les violences lors du scrutin présidentiel campent toujours au Bénin et au Ghana voisins. Loin d'être sur «la voie de l'apaisement», le Togo semble en réalité englué pour longtemps dans un immobilisme politique lourd de dangers.
(Thomas HOFNUNG, Libération)
Le Togo parade au mépris de la démocratisation
La commémoration du putsch de 1967 déçoit les espoirs d'ouverture.
Le fantôme de Gnassingbé Eyadéma, l'ancien président du Togo mort en février 2005, va planer, aujourd'hui sur Lomé, à l'occasion d'un défilé militaire. Son successeur et fils, Faure Gnassingbé, a décidé de maintenir la tradition. Chaque 13 janvier, l'armée parade dans les rues de la capitale pour commémorer le putsch qui, en 1967, permit à l'homme aux éternelles lunettes noires de s'emparer du pouvoir pour ne plus le lâcher. Le régime célèbre ce jour-là la «libération nationale».
Pour le principal parti d'opposition, l'Union des forces du changement (UFC), ce défilé est, à l'inverse, «un acte d'arrogance» inacceptable. L'UFC accuse Faure Gnassingbé d'avoir truqué le scrutin présidentiel d'avril 2005, marqué par une explosion de violences. Son dirigeant, Gilchrist Olympio, qui vit en exil à Paris, a aussi des raisons personnelles de fulminer. Un autre 13 janvier, en 1963, un groupe de sous-officiers, emmené par l'ancien sergent-chef de l'armée coloniale française Eyadéma, assassinait le premier président du Togo, Sylvanus Olympio, élu démocratiquement et père de l'actuel opposant.
Au-delà de cette querelle familiale qui se perpétue par fils interposés, le défilé militaire de Lomé douche les espoirs de ceux qui voyaient ou feignaient de voir dans Faure Gnassingbé un trentenaire lucide, capable de sortir son pays de l'ornière. «La situation économique se détériore à vue d'oeil, les routes sont dans un état lamentable et, pendant ce temps, le Président se fait construire un nouveau palais à grands frais», note un observateur.
Le pouvoir, qui ne nie pas les difficultés économiques, les impute au maintien des sanctions de l'Union européenne, qui frappent le Togo depuis 1993. Depuis cette date, Bruxelles tente de rétablir le dialogue entre le clan Eyadéma et l'opposition. En vain, jusqu'ici.
Avant de discuter avec le pouvoir, ses adversaires réclament une réforme en profondeur de l'armée, noyautée par le régime, et des poursuites judiciaires contre les auteurs de la répression du printemps 2005. Nombre d'entre eux défileront aujourd'hui sur le boulevard Eyadéma.
(Thomas HOFNUNG, Libération)
26 septembre 2005
Les Nations unies attribuent au régime togolais la "responsabilité principale" des violences
La coïncidence est fâcheuse pour le régime togolais. Au moment même où le président Faure Gnassingbé, élu en avril, fait assaut de diplomatie pour tenter de renouer avec ses bailleurs de fonds européens, un rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, publié lundi 26 septembre, attribue à l'Etat togolais "la responsabilité principale de la violence politique et des violations des droits de l'homme" commises au moment du scrutin contesté qui l'a porté au pouvoir.
"Exécutions sommaires perpétrées par les forces armées" , "actes de torture atroces et aveugles commis à grande échelle" , "arrestations arbitraires" d'opposants... Le document dresse une liste implacable d'exactions, établie en juin, lors d'une "mission d'établissement des faits" sur place. Sans exonérer les dirigeants de l'opposition dont les militants, révoltés par la fraude électorale, ont parfois eux-mêmes engagé le cycle violences-représailles, la mission de l'ONU désigne le pouvoir en place à Lomé comme le premier commanditaire des tueries. Alors qu'en juillet, Amnesty International avait établi une liste de 150 victimes, le bilan dressé par le Haut-Commissariat évoque "entre 400 et 500 morts et des milliers de blessés" dans les deux camps.
Si les violences ont débuté dès février, après la mort du général Eyadéma Gnassingbé, après trente-huit ans de règne, elles se sont aggravées lorsque sont fils, Faure, a été porté au pouvoir avec le soutien des militaires, grâce à une manipulation de la Constitution. Citant le juriste français Charles Debbasch, le document de l'ONU évoque "le rôle douteux (...) d'experts étrangers". Mais les brutalités ont atteint leur paroxysme après l'élection de Gnassingbé fils. Mettant en lumière "l'existence d'une réelle stratégie de la tension orchestrée par un groupe occulte au coeur du pouvoir", le rapport de l'ONU pointe le recours aux unités d'élite de l'armée pour maintenir l'ordre après la proclamation des résultats, et les pratiques destinées à faire disparaître certains cadavres.
La Mission évoque le fait que "2500 soldats habillés en civil et armés de coupe-coupe (...) " auraient été utilisés pour appuyer les militants du parti au pouvoir dans la répression des manifestations de l'opposition. Des actes de torture ont été commis par "des milices, des militants du RPT - Rassemblement du peuple togolais- et des militants de la coalition - de l'opposition -", souligne le document, qui cite des cas de "viols et -de- sévices sexuels". Les destructions d'habitations par les forces de l'ordre et l'incarcération de personnes dans des "conditions dégradantes" complètent le tableau.
"IMPASSE POLITIQUE"
Près de six mois après ces événements, le Togo suivrait-il le chemin de la démocratie ? Sans répondre à la question, le rapport de l'ONU permet d'en douter, qui insiste sur la dimension ethnique du conflit, et qualifie d'"impasse politique" la constitution d'un gouvernement sans participation réelle de l'opposition.
Le président Faure Gnassingbé ne ménage pourtant pas ses efforts pour tenter de conquérir une respectabilité et obtenir la reprise de l'aide économique de l'Union européenne, interrompue depuis 1993 pour manquements aux droits de l'homme. A New York, récemment, le président togolais a annoncé son intention d'organiser des élections législatives "le plus vite possible" et il n'a pas écarté l'idée de réhabiliter Sylvanus Olympio, premier président du Togo, tué en 1963 lors d'un coup d'Etat mené par son père, Eyadéma Gnassingbé. Ces déclarations de bonnes intentions ont porté leurs fruits puisque l'UE vient de débloquer 9 millions d'euros destinés au recensement de la population, à la réforme de la justice et à l'organisation des élections législatives. Mais l'exigence européenne d'un calendrier précis de réformes n'a reçu pour l'instant qu'un accord verbal. Un voyage de M. Gnassingbé à Londres, Paris et Bruxelles est aussi programmé.
Réfugié en France, l'ancien ministre de l'intérieur François Boko estime que le pouvoir togolais "joue sur la lassitude" des Européens. Il regrette que l'UE "cautionne" la volonté d'organiser des élections en l'absence de tout dialogue avec l'opposition. Il doute enfin de la volonté de "réconciliation" affichée par un régime qui vient de baptiser l'aéroport de Lomé du nom du dictateur mort en février.
(Le Monde du 26/09/05)
L'Onu impute aux autorités togolaises 400 à 500 décès
Le RPT, parti au pouvoir, est mis en cause dans un rapport des Nations-unies publié le 26 septembre à Genève. Les partis de l'opposition sont accusés d'avoir attisé les tensions selon le même rapport.
Bilan sans complaisance cinq mois après les violences de la présidentielle. Les forces de sécurité togolaises sont largement responsables des violences dans lesquelles 400 à 500 personnes ont péri autour de l'élection présidentielle du printemps dernier, affirme dans un rapport le haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme.
Ce bilan se situe à mi-chemin des estimations fournies par des diplomates occidentaux (100 à 150 morts) et par des ONG locales, selon qui 800 personnes pourraient avoir péri dans les violences.
Le Togo a été le théâtre de violents incidents lors de l'élection présidentielle anticipée du 24 avril, provoquée par le décès de Gnassingbé Eyadéma et remportée par l'un de ses fils, Faure.
Dans son rapport diffusé à Genève, fondé sur les conclusions d'une mission d'enquête ad hoc, Louise Arbour dénonce "l'ampleur des disparitions, l'utilisation à grande échelle de la torture et des traitements inhumains et dégradants, les destructions systématiques et organisées des biens et des propriétés" constatées pendant cette période.
LE RPT NOMMEMENT CITE
Elle souligne le "caractère massif et la gravité des actes et des manifestations des violations des droits de l'homme attestées par le nombre élevé de victimes", en estimant à plusieurs milliers le nombre de blessés.
"La responsabilité principale de la violence politique et des violations des droits de l'homme (incombe à) l'ensemble de l'appareil répressif et sécuritaire de l'Etat", estime-t-elle, évoquant une "coordination avec des partisans organisés du pouvoir politique" et citant nommément le Rassemblement du peuple togolais (RPT, au pouvoir).
Après le décès de Gnassingbé Eyadéma, l'armée avait initialement nommé comme successeur au président l'un de ses fils, Faure. Mais le tollé international soulevé par cette manoeuvre ainsi que les manifestations orchestrées par l'opposition avaient contraint Faure Gnassingbé à démissionner et à organiser des élections, qu'il a gagnées.
Le résultat du vote a suscité de nouvelles manifestations souvent accompagnées de violences, et des dizaines de milliers de Togolais se sont réfugiés au Bénin et au Ghana, pays voisins.
L'OPPOSITION AUSSI MONTREE DU DOIGT
Un nouveau gouvernement est arrivé au pouvoir en juin. Il comprend des personnalités n'appartenant pas au RPT mais la plupart des chefs de file de l'opposition ont refusé la proposition qui leur avait été faite de former un gouvernement d'union nationale.
La mission d'information de l'Onu, qui s'est rendue au Togo entre le 13 et le 24 juin, n'exonère pas de toute responsabilité les partis d'opposition qui, selon elle, ont attisé les tensions politiques lors de la campagne.
Arbour impute aux militants d'opposition "de graves actes de violence ayant fait de nombreuses victimes et des saccages et des destructions de biens et de propriétés de militants - ou supposés tels - du parti au pouvoir".
L'ancien juge de la Cour suprême canadienne a exhorté le gouvernement togolais à ouvrir une enquête indépendante sur ces violences et à sanctionner leurs auteurs sur la base de ses conclusions.
De façon plus générale, elle dénonce au Togo "la prégnance dans l'ensemble de la société d'une culture de violence fondée, après plus de 30 ans de régime non démocratique, sur le credo du recours à la violence comme méthode privilégiée de conservation ou de conquête du pouvoir et l'érosion consécutive du sentiment démocratique".
(Avec Reuters)
Plus de 400 morts lors des violences de la présidentielle
Le rapport de la mission de l'ONU qui a enquêté au Togo en juin dénonce le "principe de l'impunité érigé par le pouvoir" qualifiant de "bricolage constitutionnel" le processus ayant conduit à l'élection de Faure Gnassingbé. Le même rapport note un déficit d'encadrement dans les rangs de l'opposition.
Bilan macabre! Les violences qui ont accompagné l'élection présidentielle d'avril dernier au Togo ont fait "entre 400 et 500 morts", selon un rapport publié le 26 septembre par les Nations unies, qui attribue "la responsabilité principale" de ces violences au pouvoir en place.
La "mission d'établissement des faits" nommée par le Haut commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme a indiqué avoir mis au jour "le caractère massif et la gravité des actes de violation des droits de l'Homme attestées par le nombre élevé des victimes (entre 400 et 500 morts et des milliers de blessés)".
Aucun bilan officiel n'a été publié par le pouvoir togolais, qui a nommé une commission d'enquête nationale chargée de remettre un rapport sur les événements du printemps dernier. Les estimations varient de 58 morts, selon une association proche du pouvoir, à 811 selon l'opposition. Le rapport de l'Onu note "l'ampleur des disparitions, l'utilisation à grande échelle de la torture et des traitements inhumains et dégradants, les destructions systématiques et organisées des biens et des propriétés".
La mission s'est rendue sur place en juin pour enquêter sur les violences qui se sont déroulées entre le 5 février, date du décès de l'ancien président Gnassigbé Eyadéma, et le 5 mai, après l'élection de son fils Faure Gnassingbé lors du scrutin contesté du 24 avril. La proclamation des résultats avait entraîné des violences, notamment dans la capitale Lomé.
La mission conduite par Doudou Diène, rapporteur spécial de l'Onu sur le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance, souligne "la responsabilité principale de la violence politique et des violations des droits de l'Homme de l'ensemble de l'appareil répressif et sécuritaire de l'Etat (police, gendarmerie, forces armées tous corps confondus)". Ces organes ont agi "en coordination avec des partisans organisés du pouvoir politique", souligne le rapport, qui dénonce "le principe de l'impunité" érigé par le pouvoir.
"La mission a reçu des informations concordantes permettant de confirmer l'existence d'une réelle stratégie de répression" et les forces de l'ordre "ont souvent fait un usage excessif de leurs armes", selon le rapport. Ainsi, "2.500 soldats habillés en civil et armés de coupes-coupes, machettes et gourdins cloutés" auraient prêté main forte aux militants du parti au pouvoir pour réprimer les manifestations de l'opposition. La mission dénonce cependant "le rôle important des militants des partis d'opposition tant dans la montée de la tension" que dans des "actes graves de violence ayant entraîné de nombreuses victimes". Les dirigeants de l'opposition ont péché par "manque d'encadrement de leurs militants".
A propos de l'élection présidentielle, le rapport estime qu'elle a donné lieu à "un bricolage constitutionnel". Le document déplore aussi "la culture de violence", "fondement de la pérennité du pouvoir du président Gnassigbé Eyadéma", et "l'instrumentalisation politique du facteur ethnique et xénophobe". Les violences ont ainsi pris pour cible des ressortissants maliens, dont huit ont été tués, et nigériens (quatre morts).
L'Elysée avait choisi son camp
Les Français ont quant à eux "revécu le syndrome ivoirien", note le rapport, soulignant que "les déclarations d'amitié du président français" Jacques Chirac au défunt président togolais "et l'appui de la France au processus électoral ont été politiquement interprétés comme la confirmation du soutien de la France au pouvoir togolais". Afin de sortir de l'actuelle "impasse politique totale" à Lomé, le rapport suggère une politique de réconciliation nationale fondée sur la vérité et la justice. Or, la Commission nationale d'enquête créée par le nouveau président "ne bénéficie pas de la crédibilité nécessaire", selon le rapport.
La mission réclame le démantèlement de toutes les milices, une "réforme démocratique en profondeur de l'armée" et "la réouverture de négociations avec toutes les composantes de l'opposition" pour la mise sur pied d'un "gouvernement d'union nationale représentatif", avec le soutien des Nations unies.
(Avec AFP)
12 juin 2005
La réconciliation se fait attendre au Togo
Face aux exigences de l'opposition, le Président a choisi un Premier ministre de cohabitation sans réelle autorité.
Au Togo, la réconciliation prônée par la France, l'ancienne puissance tutélaire, mais aussi par les Etats de la région, est mal partie. Face aux conditions posées par les principaux partis de l'opposition pour entrer dans un gouvernement d'union nationale, le nouvel homme fort de Lomé, Faure Gnassingbé, a nommé, mercredi soir, Edem Kodjo au poste de Premier ministre. Personnalité modérée, cet ex-baron du régime, passé à l'opposition en 1990, est un homme sans réelle autorité au Togo. Candidat à la présidentielle de 2003, il avait obtenu 0,96 % des voix... «Nous espérions une ouverture plus grande qui n'a pas pu se concrétiser», reconnaît-on à Paris, tout en rendant l'opposition radicale responsable de cet échec.
Sûr de sa victoire, Faure Gnassingbé avait tendu la main à l'opposition avant même le scrutin du 24 avril, marqué par des fraudes massives et suivi par une série d'exactions commises par les forces de l'ordre. Mais, en début de semaine, les négociations entre les deux parties ont échoué. Le fils du général Eyadéma, décédé le 5 février après trente-huit ans au pouvoir, a rejeté les conditions posées par l'opposition «radicale». Estimant avoir été dépossédée de la victoire, celle-ci avait placé la barre très haut: ses exigences ne laissaient à Faure Gnassingbé que les chrysanthèmes à inaugurer...
Le président togolais a donc dû se rabattre sur Edem Kodjo. A 67 ans, ce diplômé de l'ENA, retrouve le rôle de Premier ministre de cohabitation qu'il avait déjà assumé de 1994 à 1996. Un rôle de faire-valoir, selon l'opposition radicale, qui le soupçonne de double jeu. Avant de quitter le giron du clan Eyadéma, Kodjo a été l'un des piliers du régime. Après avoir participé à la fondation du parti présidentiel, le Rassemblement du peuple togolais (RPT), il a occupé les portefeuilles des Finances et des Affaires étrangères.
«Il peut fédérer les bonnes volontés au-delà de son propre camp centriste», veut croire un diplomate. Autrement dit : débaucher certains des opposants radicaux au régime. Mais le principal opposant au régime, Gilchrist Olympio, a déjà exclu tout compromis.
(Par Thomas HOFNUNG, Libération)09 juin 2005
Togo: Edem Kodjo nommé Premier ministre par Faure Gnassingbé
Le chef de l'Etat contesté a fait le choix d' un homme proche du pouvoir en place. Le nouveau numéro 2 du Togo doit former un gouvernement d'union nationale
La nouvelle est tombée le soir du mercredi 8 juin. Edem Kodjo, président de la Convergence patriotique panafricaine (CPP), a été nommé Premier ministre par le président togolais Faure Gnassingbé.
"Edem Kodjo est nommé Premier ministre", a déclaré le ministre de la Communication Pitang Tchalla, lisant le décret présidentiel de nomination à la télévision nationale.
Edem Kodjo, 67 ans, avait occupé ce poste de 1994 à 1996, lorsque le président Gnassingbé Eyadéma, décédé le 5 février, dirigeait le pays. Il avait à l'époque été perçu comme un "usurpateur". Le leader du CPP avait accepté le poste qui devait constitutionnellement revenir au Comité d'action pour le renouveau (CAR) de Yawovi Agboyigbor alors vainqueur des législatives.
Il succède à M. Koffi Sama, chef du gouvernement depuis juin 2002 qui a présenté sa "démission depuis quelques jours au président (Gnassingbé) qui l'a accepté". La coalition de l'opposition dite "radicale" avait demandé le 27 mai à M. Gnassingbé, élu le 24 avril lors d'un scrutin controversé, de désigner ce Premier ministre dans "ses rangs".
M. Gnassingbé, favorable à la constitution d'un gouvernement d'union nationale, avait toutefois rejeté "catégoriquement" mardi les propositions de cette coalition pour la formation d'un tel gouvernement.
Ces propositions étaient contenues dans une "plate-forme revendicative" qui vise à "annihiler notamment le pouvoir constitutionnel du président de la république et de l'Assemblée nationale", avait souligné la présidence togolaise, justifiant ce rejet.
M. Kodjo se chargera de mener avec M. Gnassingbé, les consultations avec des partis politiques en vue de la formation d'un gouvernement d'union nationale.
L'opposition modérée a fait savoir, depuis plusieurs semaines, qu'elle était favorable à une participation au gouvernement, notamment la CPP de M. Kodjo.
M. Gnassingbé avait lancé l'idée d'un gouvernement d'union nationale, avant l'élection du 24 avril. Un sommet avait réuni, le 19 mai, à Abuja (Nigeria), l'opposition et le pouvoir togolais sous l'égide de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) et de l'Union africaine (UA).
Le président du Parti pour la démocratie et le renouveau (PDR), l'une des principales formations de cette opposition modérée, Zarifou Ayéva, avait indiqué qu'un gouvernement d'union nationale était la "seule porte de sortie" de la crise au Togo.
Le directeur de cabinet de M. Gnassingbé, Pascal Bodjona, avait affirmé mardi que "le chef de l'Etat prendra ses responsabilités" et que le futur "Premier ministre peut être issu de l'opposition".
"L'essentiel c'est qu'on ait un homme qui puisse conduire, avec l'appui de tous les Togolais de bonne volonté, le processus de réconciliation nationale", avait-il ajouté.
M. Gnassingbé, fils du président Gnassingbé Eyadéma, décédé le 5 février, avait été élu avec 60,15% des voix contre 38,25% au candidat de la coalition de l'opposition, Emmanuel Akitani Bob, premier vice-président de l'Union des forces du changement (UFC), principal formation de l'opposition dite radicale.
(Avec AFP)
07 juin 2005
Le président de l'Union africaine désapprouve la nomination d'un médiateur
Les désaccords sur la résolution de la crise politique au Togo provoquent une autre crise au plus haut sommet de l'organisation africaine
Le président de l'Union africaine (UA) , Olusegun Obasanjo, également président du Nigeria, a rejeté la nomination d'un médiateur dans la crise du Togo, affirmant que cela n'était pas nécessaire puisque toutes les parties avaient accepté de former un gouvernement d'union nationale, a indiqué lundi sa porte-parole.
M. Obasanjo a refusé la nomination de l'ancien président kenyan Kenneth Kaunda comme médiateur de l'UA mais cela ne veut pas dire qu'il y ait une crise ou une scission au sein du bloc de 53 membres, a déclaré Remi Oyo.
Selon les informations, M. Obasanjo a déclaré vendredi à Lomé, capitale du Togo, que la nomination annoncée par le président de la Commission de l'UA, Alpha Oumar Konaré, avait été faite sans qu'il soit consulté.
Obasanjo furieux
Les médias ont rapporté que M. Obasanjo était furieux et qu'il refusait de devenir un président ratificateur, laissant entendre qu'une crise menaçait l'UA.
"Ce n'est rien", a déclaré Mme Oyo, "Ceux qui veulent voir une crise là-dedans ne souhaitent pas la réussite de l'Afrique", a-t- elle ajouté.
Le Togo a sombré dans une crise début février suite à la mort du président Gnassingbé Eyadema qui avait dirigé le pays pendant 38 ans. Son fils avait été désigné chef d'Etat par l'armée puis avait été contraint de se retirer pour participer à une élection en avril.
Faure Gnassingbé a remporté l'élection présidentielle et les résultats ont donné lieu à de violentes manifestations.
L'UA, qui souhaite que les problèmes africains soient résolus par les Africains, est intervenue pour que Faure Gnassingbé et l'opposition négocient. Ils ont convenu de former un gouvernement d'union nationale mais la situation reste tendue au Togo.
(Avec Xinhuanet)
06 juin 2005
UA/Togo: M. Konaré a provoqué la réprimande du président Obasanjo, selon Abuja
La tension est montée d'un cran entre les deux hommes. Leurs divergences sur la crise politique togolaise éclatent au grand jour
L'entourage du chef de l'Etat nigérian et président en exercice de l'Union africaine (UA) Olusegun Obasanjo a accusé lundi le président de la Commission de l'organisation panafricaine, Alpha Oumar Konaré, d'avoir provoqué la crise du week-end du 4 et 5 juin entre les deux hommes.
M.Obasanjo a rejeté samedi une décision de M. Konaré, ancien président du Mali, jugeant "nulle et non avenue" la nomination de l'ancien président zambien Kenneth Kaunda comme médiateur de l'UA pour le Togo.
M. Konaré "se voyait comme un président bis de l'UA, mais celui qui assume vraiment cette charge n'acceptera rien de ce genre", a déclaré lundi à l'AFP un haut responsable nigérian qui a souhaité garder l'anonymat.
"Des efforts ont été faits pour que le problème ne soit pas rendu public et reste en interne, mais il (Konaré) s'est montré têtu alors qu'il n'est pas l'autre président de l'UA: c'est inacceptable", a ajouté cette source jointe par téléphone.
"Toutes les négociations pour résoudre la crise au Togo ont eu lieu pendant la réunion à Abuja le mois dernier à laquelle ont participé des chefs d'Etat africains", a-t-il poursuivi en assurant que l'envoi d'un médiateur n'avait pas été évoqué.
Oluremi Oyo, la porte-parole de M. Obasanjo, a cependant assuré qu'il "n'y a ni divergence ni confrontation à l'UA".
Le 19 mai dernier à l'invitation de M. Obasanjo, les présidents du Gabon, Omar Bongo Ondimba, du Niger, Mamadou Tandja, président en exercice de la CEDEAO, Blaise Compaoré du Burkina Faso, John Kufuor du Ghana, et Mathieu Kérékou du Bénin, avaient rencontré le président togolais élu Faure Gnassingbé et les principaux chefs de l'opposition togolaise.
Ce mini-sommet, auquel n'a pas pris part M. Konaré, n'avait pas débouché sur un accord.
"Malheureusement, après cette rencontre, M. Konaré souhaitait une nouvelle session de négociations sans consulter l'UA", a ajouté le proche de M. Obasanjo joint par l'AFP.
La Commission de l'UA a annoncé le 31 mai la nomination de l'ancien chef d'Etat zambien, Kenneth Kaunda comme envoyé spécial au Togo afin "d'aider à la facilitation du dialogue" entre Faure Gnassingbé, élu à la présidence togolaise, et l'opposition, qui conteste son élection.
Un médiateur nommé à l'insu de M. Obasanjo
Selon une responsable du ministère nigérian des Affaires étrangères, interrogée par l'AFP, c'est cette nomination, qui n'avait pas été évoquée lors des consultations d'Abuja, qui a déclenché la crise.
Elle a précisé que le président nigérian était fâché de ne pas avoir été consulté sur ce point, ce dont la presse nigériane se faisait lundi largement l'écho.
Mme Oyo avait déclaré samedi à l'AFP que "cette décision est nulle et non avenue, selon le président Obasanjo qui s'exprime en tant que président en exercice de l'UA et membre de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest (CEDEAO)".
Le Conseil de Paix et Sécurité de l'UA, également présidé par M. Obasanjo, avait pourtant soutenu la proposition de M. Konaré de nommer un envoyé spécial ainsi qu'une mission d'observation au Togo pour suivre au plus près l'évolution de la situation dans ce pays.
Dimanche, la Commission de l'UA avait qualifié de simple "problème de communication interne" la décision de M. Obasanjo, reconnaissant qu'elle n'avait pas été en mesure de le joindre directement pour l'informer du choix de M. Kaunda pour cette mission.
Elu au cours d'un scrutin marqué par des fraudes massives et des violences, le président Gnassingbé a engagé des consultations avec les partis politiques pour tenter de former un gouvernement d'union nationale, auquel l'opposition radicale n'a pas encore confirmé sa participation.
(Avec AFP et Le Monde)










