La tension est montée d'un cran entre les deux hommes. Leurs divergences sur la crise politique togolaise éclatent au grand jour

L'entourage du chef de l'Etat nigérian et président en exercice de l'Union africaine (UA) Olusegun Obasanjo a accusé lundi le président de la Commission de l'organisation panafricaine, Alpha Oumar Konaré, d'avoir provoqué la crise du week-end du 4 et 5 juin entre les deux hommes.

M.Obasanjo a rejeté samedi une décision de M. Konaré, ancien président du Mali, jugeant "nulle et non avenue" la nomination de l'ancien président zambien Kenneth Kaunda comme médiateur de l'UA pour le Togo.

M. Konaré "se voyait comme un président bis de l'UA, mais celui qui assume vraiment cette charge n'acceptera rien de ce genre", a déclaré lundi à l'AFP un haut responsable nigérian qui a souhaité garder l'anonymat.

"Des efforts ont été faits pour que le problème ne soit pas rendu public et reste en interne, mais il (Konaré) s'est montré têtu alors qu'il n'est pas l'autre président de l'UA: c'est inacceptable", a ajouté cette source jointe par téléphone.

"Toutes les négociations pour résoudre la crise au Togo ont eu lieu pendant la réunion à Abuja le mois dernier à laquelle ont participé des chefs d'Etat africains", a-t-il poursuivi en assurant que l'envoi d'un médiateur n'avait pas été évoqué.

Oluremi Oyo, la porte-parole de M. Obasanjo, a cependant assuré qu'il "n'y a ni divergence ni confrontation à l'UA".

Le 19 mai dernier à l'invitation de M. Obasanjo, les présidents du Gabon, Omar Bongo Ondimba, du Niger, Mamadou Tandja, président en exercice de la CEDEAO, Blaise Compaoré du Burkina Faso, John Kufuor du Ghana, et Mathieu Kérékou du Bénin, avaient rencontré le président togolais élu Faure Gnassingbé et les principaux chefs de l'opposition togolaise.

Ce mini-sommet, auquel n'a pas pris part M. Konaré, n'avait pas débouché sur un accord.

"Malheureusement, après cette rencontre, M. Konaré souhaitait une nouvelle session de négociations sans consulter l'UA", a ajouté le proche de M. Obasanjo joint par l'AFP.

La Commission de l'UA a annoncé le 31 mai la nomination de l'ancien chef d'Etat zambien, Kenneth Kaunda comme envoyé spécial au Togo afin "d'aider à la facilitation du dialogue" entre Faure Gnassingbé, élu à la présidence togolaise, et l'opposition, qui conteste son élection.

Un médiateur nommé à l'insu de M. Obasanjo

Selon une responsable du ministère nigérian des Affaires étrangères, interrogée par l'AFP, c'est cette nomination, qui n'avait pas été évoquée lors des consultations d'Abuja, qui a déclenché la crise.

Elle a précisé que le président nigérian était fâché de ne pas avoir été consulté sur ce point, ce dont la presse nigériane se faisait lundi largement l'écho.

Mme Oyo avait déclaré samedi à l'AFP que "cette décision est nulle et non avenue, selon le président Obasanjo qui s'exprime en tant que président en exercice de l'UA et membre de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest (CEDEAO)".

Le Conseil de Paix et Sécurité de l'UA, également présidé par M. Obasanjo, avait pourtant soutenu la proposition de M. Konaré de nommer un envoyé spécial ainsi qu'une mission d'observation au Togo pour suivre au plus près l'évolution de la situation dans ce pays.

Dimanche, la Commission de l'UA avait qualifié de simple "problème de communication interne" la décision de M. Obasanjo, reconnaissant qu'elle n'avait pas été en mesure de le joindre directement pour l'informer du choix de M. Kaunda pour cette mission.

Elu au cours d'un scrutin marqué par des fraudes massives et des violences, le président Gnassingbé a engagé des consultations avec les partis politiques pour tenter de former un gouvernement d'union nationale, auquel l'opposition radicale n'a pas encore confirmé sa participation.

(Avec AFP et Le Monde)