Face aux exigences de l'opposition, le Président a choisi un Premier ministre de cohabitation sans réelle autorité.

Au Togo, la réconciliation prônée par la France, l'ancienne puissance tutélaire, mais aussi par les Etats de la région, est mal partie. Face aux conditions posées par les principaux partis de l'opposition pour entrer dans un gouvernement d'union nationale, le nouvel homme fort de Lomé, Faure Gnassingbé, a nommé, mercredi soir, Edem Kodjo au poste de Premier ministre. Personnalité modérée, cet ex-baron du régime, passé à l'opposition en 1990, est un homme sans réelle autorité au Togo. Candidat à la présidentielle de 2003, il avait obtenu 0,96 % des voix... «Nous espérions une ouverture plus grande qui n'a pas pu se concrétiser», reconnaît-on à Paris, tout en rendant l'opposition radicale responsable de cet échec.

Sûr de sa victoire, Faure Gnassingbé avait tendu la main à l'opposition avant même le scrutin du 24 avril, marqué par des fraudes massives et suivi par une série d'exactions commises par les forces de l'ordre. Mais, en début de semaine, les négociations entre les deux parties ont échoué. Le fils du général Eyadéma, décédé le 5 février après trente-huit ans au pouvoir, a rejeté les conditions posées par l'opposition «radicale». Estimant avoir été dépossédée de la victoire, celle-ci avait placé la barre très haut: ses exigences ne laissaient à Faure Gnassingbé que les chrysanthèmes à inaugurer...

Le président togolais a donc dû se rabattre sur Edem Kodjo. A 67 ans, ce diplômé de l'ENA, retrouve le rôle de Premier ministre de cohabitation qu'il avait déjà assumé de 1994 à 1996. Un rôle de faire-valoir, selon l'opposition radicale, qui le soupçonne de double jeu. Avant de quitter le giron du clan Eyadéma, Kodjo a été l'un des piliers du régime. Après avoir participé à la fondation du parti présidentiel, le Rassemblement du peuple togolais (RPT), il a occupé les portefeuilles des Finances et des Affaires étrangères.

«Il peut fédérer les bonnes volontés au-delà de son propre camp centriste», veut croire un diplomate. Autrement dit : débaucher certains des opposants radicaux au régime. Mais le principal opposant au régime, Gilchrist Olympio, a déjà exclu tout compromis.

(Par Thomas HOFNUNG, Libération)